An Ageing Man In Youth Clogs

Je suis vieux. A 20 ans déjà les purulents signes m’en irritent les synapses, disons-le sans complexe, je suis un vieux con.

Je suis un vieux con parce que je me répète, parce que mes valeurs datent du dernier millénaire et que je ressens le mal du siècle, en espérant que celui-là ne date pas du 19° aussi. Parce que la jeunesse me déçoit et que je me déçois, parce que mes épaules portent à longueur de journées le poids d’erreurs passées et futures, la surconsommation et sa lutte pour broyer les démunis, l’écologie dont tout le monde, en cachette, se fout, le capitalisme élu dictateur à vie, l’argent comme moteur, traînant une société que plus personne n’a les moyens d’assurer et qui va droit dans le mur. Pfou, ça clame, ça calme. Je suis un vieux con réac, également parce qu’aujourd’hui chaque minute passée à rédiger ce texte signifie une inaction flagrante et assumée, parce que l’acquiescement des autres ne m’empêche pas d’apprécier une douce misanthropie de lundi matin, parce que ma culpabilité ne me titille le sourire qu’à condition d’éclabousser vos visages tracassés de lecteurs.

Je suis un vieux con chiant parce que mon mobile coûte moins cher que ma consommation de fruits et légumes hebdomadaire, parce que la musique qui éveille mes oreilles prenait des rides avant ma naissance, parce que je regarde d’un œil amusé mais critique mes contemporains aborder des relations bancales, ignorer une recherche de soi essentielle et normalement inhérente à la jeunesse pour la noyer, au mieux dans l’alcool et les drogues. Les réseaux sociaux, devenus le refuge des oubliés de l’orthographe et la grammaire ne m’amusent plus et je suis désabonné du fil d’actualité de la plupart de mes « amis ». Les couples ou autres passants aux oreilles garnies d’écouteurs malgré les tentatives d’interactions sociale de leur meute m’excèdent, comme les parents trop jeunes, s’époumonant sur de pauvres bipèdes lobotomisés à coups de télévision au rabais, une télévision armée grassement d’émissions suivant patriotiquement la loi du sang, de la compétition, du sexe à outrance.



Je suis un vieux con agnostique, même quand j’oublie de me questionner, parce que je comprends qu’on se convertisse aujourd’hui au radicalisme et parce que je comprends qu’on en ait peur. Parce qu’à l’instar de ma minuscule île de paradis Belge j’adore le compromis et je conçois qu’on ait envie d’y croire, au Paradis. De toute évidence parce que seuls mon entêtement et mon orgueil me retiennent de me ranger sagement sous la couve fictive de « Quelque chose de plus grand », parce que j’aime le message de chaque religion et supporte de moins en moins la propagande de leurs pratiquants et parce que, entre nous, si Dieu existait il nous aurait « délugé » une seconde fois depuis longtemps.

Je suis un vieux con parce que j’ai commencé chaque paragraphe par « Je », la majuscule alimentant mon complexe de supériorité, comme la référence incomprise dans mon titre, parce que j’appelle mes camarades contemporains, ou camarades, et parce que je m’excuse pour tout ce qui précède. Je suis un vieux con parce que je n’admettrai jamais à quel point notre jeunesse a du potentiel, à quel point je suis heureux et à quel point j’aime habiter un monde capable d’une solidarité surpuissante mais souvent trop timide pour descendre dans la rue et généreusement accolader l’arabe, le noir, le juif, le jeune, le skin, le hippie, le chinois, le japonais ou, tout simplement, le vieux con d’en face.

Alex Barbier
#Teamskies


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