Ce à quoi je dis Adieu

 

« Le passé m’attire, le présent m’effraie parce que l’avenir, c’est la mort. »

Baudelaire.

Dans plusieurs pays, il est courant d’assister à une cérémonie mise en scène à l’occasion du passage de l’adolescence à l’âge adulte. Cette transition peut être illustrée sous forme d’un pont psychologique et moral dont la traversée est définitive. Légalement, l’âge adulte varie selon les sociétés et permet à la personne qui l’atteint des droits comme des obligations. Religieusement, cette maturité est très significative aussi ; par exemple, il s’agit de l’âge où la jeune personne devient moine novice dans un temple, où il est encadré par un tuteur qui l’initie aux compétences relatives à la vie adulte. Les rites sont aussi divers que le sont les croyances, ils peuvent varier en termes d’extravagance et de retenue, comme ils peuvent varier en termes d’outils et d’objectifs. Le rituel universitaire d’humiliation réservé aux nouveaux entrants, les cérémonies d’engagement dans les fraternités, les banquets où le nouvel adulte se pare de ses plus beaux accoutrements, sont des rituels parmi d’autres pour célébrer la maturité, l’âge adulte qui ouvre les portes de la liberté à l’adolescent.

Cette période est aussi vécue comme une période de crise. Mais attention, une crise développante, perçue positivement par les psychosociologues : « Le mot crise, du reste, n’est ainsi employé que dans son contexte évolutif, non point pour désigner une menace de catastrophes mais un tournant, une période cruciale de vulnérabilité accrue et de potentialités accentuées. » E.Erikson. Ne pas accorder d’intonation péjorative à cette crise revient à dire que plus cette manifestation de la maturité est brusque, violente et troublante, plus on est sur la bonne voie verre les terres calmes de l’âge adulte.

La croissance psychologique et morale subie par la personne est souvent traitée en littérature et en cinématographie. L’histoire, centrée sur un jeune en pleine transition vers l’âge adulte est souvent centrée sur les dialogues et les soliloques afin de bien détailler, décrire et mettre en valeur les déboires, tourments, interrogations, loquacités,  querelles intestines et autres supplices psychiques et cérébraux.  En langage de la critique littéraire, le genre de roman qui traite du coté psychologique st appelé Bildungsroman (ou roman d’apprentissage).

Quête des réponses aux questions existentielles. Gain d’expérience dans la vie. Voyage à la recherche d’un équilibre après la destruction interne du royaume enfantin. La lutte se fait graduellement et le résultat, à savoir la maturité, est difficile à atteindre, compte tenu des obstacles auxquels la personne se heurte et comment elle va faire pour les surpasser. Un chemin pénible et obscur, où la personne doit faire face, comprendre et accepter à la fois la société, les règles et les obligations qu’elle impose, le gouvernement, les lois, et aussi faire face à son reflet, à ses émotions bouillonnantes, ses pensées incandescentes, ses erreurs fatales et ses déceptions inconsolables.

S’il y a un mot qui hante cette période, ça serait la solitude. Car on est seul héros de notre histoire, il faut se résigner à affronter son sort dans la solitude et dans la perplexité, paré de sa naïveté et de son irrésolution. La réalité est une épée qui tranche entre l’utopie de l’adolescence et la crudité de la vie. Les voiles descendent et laissent paraître une scène cruelle et désolante. Ça fait peur, ça fait mal, et l’on cherche à fuir cette vision du réel qui nous hante en repoussant la confrontation. Mais la résolution doit venir car on n’a pas le choix. Il faut accepter le monde dans lequel on vit.
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« La ballade de l’impossible » est un exemple de roman d’apprentissage qui m’a longtemps hanté après sa lecture. C’est un chant mélancolique de jeunes universitaires en pleine transition vers l’âge adulte. Cette lutte est différemment menée par chaque protagoniste et le passage peut parfois être défaillant et aboutir à la perte de soi.  Que faire lorsqu’on rate cet examen pénible et auquel on n’est pas préparé ? Quand un cheminement évolutif devient une descende aux abysses, quand l’accomplissement de la maturité se fait aux dépend de déformations et de dégradations psychiques, se mettre la corde au cou devient moyen d’évasion, excessif certes, mais irréversible et immédiat. D’ailleurs, tels le sont toutes les décisions que l’on choisi pendant cette période là. Des choix irréversibles et dont les conséquences peuvent s’étendre pendant toute une vie.

Mais je me dis que lire Candide ou la ballade de l’impossible est inspirant, mais ça reste des histoires d’autres personnes menées à des époques différentes et dans des milieux différents. On a beau se parer des théories les plus romanesques afin d’affronter l’âge adulte avec des réflexions profondes et philosophiques, on reste très peu renseigné, et sans doute l’environnement flageolera de son fouet là où ça fait le plus mal.

Affronter, oui je suis prête, mais comment ? Y-a-t-il un manuel, une procédure, une méthodologie pour éviter de ce compliquer la vie avec les pensées fallacieuses que ramène le souffle des temps postmodernes ? Découragement, pessimisme, frustration, railleries, des tu-n’iras-pas-loin et tu-ne-vaux-rien qui rendent défaitistes les plus candides des jeunes cœurs encore enrobé du chocolat avariant où les parents trempent les enfants.

Nous grandissons dans un univers de changement, dans un monde en constant mouvement, dont l’évolution, en dents de scie, tend souvent vers la baisse à nos yeux. Sur quelles bases faire des anticipations ?  Sur quelles bases argumenter nos choix ? Même les parents, devant la danse impromptue que semble mener le monde aujourd’hui, lèvent les mains au ciel, les yeux détournés de l’horreur maquillée d’évolutions frénétiques et de rythme saccadé de travail acharné que devient la vie.

Redisons-le-nous autant de fois qu’il faudra pour ne pas succomber : on ne peut pas échapper à la maturité. On ne peut pas échapper à la réalité. Aussi lontemps que l’on pourra la retarder, l’adaptation à la réalité est une nécessité pour que l’on puisse garder l’équilibre. Il faut détruire ses « pensées magiques », ses faux-fuyants intellectuels, et reconstruire son royaume interne sur de nouvelles bases. Adieu les rêveries crédules d’un enfant qui ne veut pas grandir.

Car aujourd’hui j’ai eu 21 ans. Mon vœu, en fermant les yeux à 4h du matin, était de demeurer un éternel enfant.

Quelques heures plus tard, mon autre moi a persiflé cette pensée puérile et ce souhait de fuir l’affrontement et les responsabilités qui vont avec. Mais ce caprice (ou ce syndrome de Peter Pan), diront quelques empathiques, est tout à fait légitime, compte tenu l’horreur qu’est la réalité de notre ère. L’angoisse de la solitude, la paralysie émotionnelle, la culpabilité d’avoir perdu « sa jeunesse » à ne rien faire et l’hyperactivité qui vient avec. De toute façon, quoique l’on puisse avancer comme pseudo-affirmations, la vérité, inébranlable, nous rappellera d’un souffle doux et maternel : il est temps de grandir.

 Basma Bouziani
#TeamSkies

 

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