Faut la prendre crue ou n’pas la prendre du tout.

Tu dois faire face, lorsque donnée comme conseil, est une réplique effrontée, sortie des babines des obtus avec la platitude de ceux qui n’ont pas goûté à la difficulté de monter les escarpes. Mais à quoi au juste ? Et comment faire face ? Devrai-je affronter ou surpasser ? Laisser tomber, m’acharner, ou déclarer forfait ? Apparemment, les issues sont diverses, les solutions peuvent varier et osciller selon l’attitude de chacun vis-à-vis de l’impromptu.
Car l’impromptu, ou l’inattendu, est devenu l’essence de notre quotidien. C’est ce qui alimente nos jours et menace le cours paisible du chemin qu’on essaie de bâtir brique par brique. L’asphalte sur laquelle nous roulons et que nous croyons lisse abrite dans ses détours des fentes, des cavités, des creux qui peuvent nous secouer à tout moment, sans avertissement, sans panneau nous prévenant des dangers hypothétiques. Mais on ne peut pas ralentir la cadence, on ne peut pas décélérer au risque de se heurter à ceux qui nous suivent et que la collision ne provoque encore plus de dégâts. Pire, ralentir supposera que d’autres vont sans doute nous rattraper, et nous dépasser.
On ne veut surtout pas rester à la traîne.

Allé, on ramasse nos lambeaux de l’asphalte crevassé qui nous a précipité vers une percussion inévitable. Ces débris qu’on recolle à force de mots encourageants, de foie en le futur, de promesses de prochaines vacances et d’autres quintessences spirituelles qui servent de moteur, de recharge, de sphère illusoire, de chariot où nous posons lesdits détritus. Et on recommence. Un, deux, un deux, on tire, on roule, on se met au volant, au guidon, sur quatre pattes, l’important est que chacun a son rythme, chacun a son bagage, chacun a en son actif un nombre de percussions et de secousses et ce qu’elles génèrent de bouts amputés, de joie détruite, de confort oublié, de passions abandonnées, de rêves suppliciées.

Jusqu’où traînera-t-on les pieds vous dites ? L’infini, peut-être, car la route est infinie et ne connait ni temps ni saisons. Jusqu’à l’épuisement total, sans doute, quand la personne se rendra compte qu’elle a perdu ses petits bouts en allongeant son petit bout de chemin. Jusqu’à sa propre perte, si la personne trouve encore la présence d’esprit qui l’alertera de son départ.

J’aurais aimé prétendre avoir toujours le choix, et me dire qui si j’ai choisi de concourir, si j’ai accepté de perdre une partie de moi-même, c’est d’abord par choix délibéré, basé sur un jeu de priorité où j’ai décidé de ce qui primait pour moi au dessus de tout autre chose. Mais voilà que cette situation me rappelle comment Aka reçoit ses employés avec la question suivante :

“ I have some good news for you, and some bad news. The bad news first. We’re going to have to rip off either your fingernails or your toenails with pliers. I’m sorry, but it’s already decided. It can’t be changed. Here’s the good news. You have the freedom to choose which it’s going to be – your fingernails, or your toenails. So, which will it be? You have ten seconds to make up your mind. If you’re unable to decide, we’ll rip off both your fingernails and your toenails.”(H. Murakami, Colorless Tsukuru Tazaki and his years of pilgrimage)
Comme il permet à ses employés de choisir, j’ai aussi la liberté de choisir le chemin que je veux suivre. Cependant, le contexte est, tout comme celui où Aka pose ses employés, hideux et horrible. Certes je ne perdrai pas mes ongles, mais je perds bien des choses, des petits morceaux de moi que je sacrifie pour avancer. J’en perds en avançant et en affrontant les situations inattendues, imprévisibles, pour la plupart indésirables et même insupportables. Je les affronte à ma manière, je choisi comment les défier mais sans jamais avoir le choix de ne pas les avoir comme obstacles dès le départ.

Voici la mauvaise nouvelle : dans la vie il y a des passages à vide, des passages tumultueux, des passages couverts d’abimes, de pièges et d’éventuelles collisions. Mais c’est le futur, c’est déjà décidé. Ça ne peut pas changer. La bonne nouvelle est que vous avez la liberté de choisir lequel de ces chemins vous allez suivre. Mais vous devez vous décider. Vous devez choisir.

Chacun a la liberté de choisir. C’est là la morale de l’histoire.

Basma Bouziani
#Teamskies

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