Histoire naturelle : annihilation – Ou le fétichisme de la consommation-

Lieu : La Terre.
Siècle : 21ème.
Situation : le monde est happé par le flot tumultueux de la consommation.

Les humains ont développé une adoration pour les objets matériels. Le Jardin d’Eden est désormais appelé Marché, la seule condition pour ouvrir ses portes et jouir de tous ses fruits est d’avoir cette mystérieuse clé appelée argent. Oui mais comment en trouver ? En travaillant ? En étudiant ? En escroquant ? En vendant de l’héroïne ?
La réponse est facile : Tous les moyens sont permis. Puisque rien ne s’oppose plus à la cupidité de l’humain. Des principes ? On s’en fout. Epargnez tout salmigondis invoquant le spirituel ou autre manifestation appelant les gens à méditer sur quelque valeur ou quelque émotion : Le nihilisme vous l’interdit.
Petit à petit, inconsciemment – ou pas pour certains -, le monde a dérivé vers un grand jeu de chasse au trésor, où le trésor est la satisfaction de toutes les envies et de tous les besoins, où les petites clés pour ouvrir la grosse boite de pandore sont les produits, là, exposés impudemment et impudiquement à notre regard qui, aussi outragé qu’il fusse en remarquant l’insolence avec laquelle tous ces objets matériels appellent à être possédés, va succomber à la tentation. Tôt ou tard.

Et la roue tourne. Après y avoir gouté pour la première fois, cette drôle de drogue a imprégné nos corps. Plus on en consomme, plus on en veut, plus on en traque. La fougue nous rend un drôle d’animal.
Idéalisme ? Dualisme ? Matérialisme ? L’homme ne reconnait plus ces philosophies mais les adopte tous à la fois quant à son comportement face à la marchandise : pendant les moments ou la lucidité daigne lui enlever la poussière des yeux, il se révolte, repousse les avances, renie ses envies et les classe dans la case des fantasmes. Or, il se trouve que le voile retombe encore, et que la lucidité à d’autres yeux à nettoyer…


L’on est à la quête de l’éphémère et donc, on n’est jamais satisfait. Au long terme, cette situation pèse sur l’esprit qui a besoin de se nourrir de consistances et de certifications. A ce besoin, le Jardin d’Eden ne peut répondre : ni les gadgets, ni les vêtements, ni les voitures, ou encore moins les services sociaux ne donnent satisfaction complète et définitive … Mais des alternatives, eh bien, il n’y’a que de cela.

La lutte des marchandises pour la place Number One est un duel sanglant qu’aucune règle ne régit, qu’aucun scrupule ne maîtrise. La publicité nous a englouti, elle est allée même jusqu’à tatouer notre cerveau d’arabesques représentant les différents logos des marques les plus solides, « les anciens », « les originaux » ou encore « ceux qui révoltent ». Les enfants du siècle sont bercés par les noms de marques, grandissent sous l’œil de la marchandise, qui veille à bien ancrer en eux la puce de la consommation, pour plus tard, l’activer. Car un enfant c’est influençable, et sa chair est toute molle.
Et la fin de tout cela ? Où va l’homme et son indifférence vis-à-vis des valeurs morales, de la religion, des principes ? La vie est dure, diront les uns, courte, pleine de tentations, sans valeur, ultra capitaliste. Le monde est une machine à traire et nous sommes des vaches bien apathiques.
Et l’homme se laisse aller dans ce cercle vicieux, prenant toujours son siècle pour le meilleur des temps, où la technologie est à l’apogée, où le trou d’ozone et les problèmes de l’eau et de l’environnement ne constituent pas encore des calamités à ses quelques années de passage sur Terre. Et prenant pour un Jardin d’Eden ce qui est en réalité un lupanar offrant et exposant ce dont il pourrait bien s’en passer, mais lui, quitte à se faire traire encore et encore, se laisse berner, se laisse ruiner, dans sa quête de l’éphémère, toujours avide, les yeux gourmands, le cœur souffrant, l’esprit affamé … et les poches vides.

Basma Bouziani
#Teamskies



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