Ne sors jamais avec une fille qui lit

Le titre vous parle déjà. A vous, lecteurs de tout genre. Avant même de lire, vous sentez déjà que ce papier a été écrit pour vous, secrètement, comme si l’auteur eut été un saint qui attrapant une de vos pensées informulées dans l’air décida de la coucher sur papier. En petites phrases entrechoquées, il nous tutoie, nous traine par un petit rythme saccadé sur des idées d’un réalisme si effrayant que l’on se dit que ca aurait pu être nous, les auteurs de ce texte.
Il y’a très peu d’articles que je puisse décrire comme poignardant. Celui-là, l’est en tout sens. Kafka disait justement : ‘Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d’un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ?’
J’ai traduit cet article pour cette raison même. Attendez-vous à un coup de poing. Ou peut être même, à une agression.
‘Ne sors jamais avec une fille qui lit’
Sors avec celle qui ne lit pas. Tu la trouveras dans un coin sale et négligé d’un bar du Midwest. Tu la trouveras au milieu de la fumée, de la sueur ivre, de la lumière multicolore d’une discothèque de luxe. Peu importe où tu la trouveras, elle sera souriante. Assures toi que le sourire ne s’efface pas de son visage même lorsque ceux à qui elle parle regardent ailleurs. Aborde-la avec des trivialités dénuées de tout sentiment. Use de pick-up lines en te moquant intérieurement. Sortez dehors pour faire un tour lorsque la nuit commencera à se faire longue. Ignore le poids de la fatigue sur tes membres. Embrasse-la sous la pluie, ou sous la faible lumière d’un réverbère, parce que c’est ce que tu as vu faire dans un film. Remarque à quel point tout cela est dénué de sens. Emmène-la chez toi. Ne te dérange pas à lui faire l’amour. Baise-la.
Contemple le contrat, que tu as signé sans t’en rendre compte, évoluer doucement et inconfortablement en une relation. Trouve-toi des intérêts communs avec elle, comme les sushis et la musique folk. Sur cette base, construit un bastion impénétrable. Considère-le comme sacré. Réfugie-toi dedans à chaque fois que tu te sens usé ou quand les après midis se trainent en longueur. Ne parlez que de choses insignifiantes entre vous. Evite de trop réfléchir. Laisse les mois passer inaperçus. Propose-lui de déménager chez toi. Laisse la s’occuper de la déco. Embrouillez vous sur des histoires triviales, comme le putain de rideau de la salle de bain qu’il faut refermer pour pas qu’il laisse passer l’eau de la putain de douche. Laisse une année se passer sans t’en soucier. Commence à te soucier.

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Dis-toi que tu devrais probablement te marier, car autrement tu aurais perdu beaucoup de temps pour rien. Emmène-la pour diner dans un restaurant luxueux au quarante cinquième étage qui dépasse tes moyens de loin. Fait en sorte qu’il y ‘ait une belle vue sur la ville. Demande d’un air embarrassé au serveur de glisser la modeste bague dans son verre de champagne. Lorsqu’elle la remarquera, fais ta demande avec autant d’enthousiasme et de sincérité dont tu puisses être capable. Ne t’inquiète pas trop si tu sens ton cœur faire une chute libre dans ta poitrine. Ne t’inquiète pas trop si tu ne ressens rien, non plus. Si elle pleure, souris comme si tu n’avais jamais été aussi heureux. Si elle ne pleure pas, souris tout de même.
Laisse les années passer encore, sans être remarquées. Choisis une carrière, pas un boulot. Achète une maison. Mets au monde deux enfants qui passent leur temps à se bagarrer. Essaie de les éduquer proprement. Echoue, souvent. Tombe dans l’indifférence et l’ennui. Tombe dans une indifférente tristesse. Subi la crise de la quarantaine. Vieilli. Contemple ton manque de réalisations. Ressens du contentement quelque fois, mais sens ton âme se détacher de ton corps la plupart du temps. Aie cette impression, pendant que tu marches, que tu ne reviendras jamais, ou que tu t’évaporeras dans le vent. Attrape une maladie terminale. Meurt, mais seulement après avoir réalisé que la fille qui n’as jamais lû n’as jamais été capable de faire osciller ton cœur d’aucune sorte de passion, que personne n’écrira jamais l’histoire de votre vie, qu’elle finira par mourir aussi, avec seulement le regret modéré que rien n’aie pu émaner de sa capacité d’aimer.
Fais ces choses, pour l’amour de Dieu, car rien n’est pire qu’une fille qui lit. Fais-le, je dis, car vivre dans un purgatoire vaut mieux que de vivre en enfer. Fais le, parce qu’une fille qui lit possède un vocabulaire qui peut diagnostiquer le mécontentement amorphe comme étant le signe d’une vie incomplète – un vocabulaire qui rapporte la beauté interne du monde et en fait une nécessité accessible plutôt qu’un mystère inabordable. La fille qui lit possède un vocabulaire qui distingue aisément entre la rhétorique hypocrite et vide de l’homme qui ne peut l’aimer, et le désespoir inarticulé de celui qui l’aime plus qu’il ne le faut. Un sacré putain de vocabulaire qui démasque les contradictions et les faux arguments cachés derrière mon discours plein d’éloquence, me faisant passer pour un pauvre con.
Fais ce que je dis, parce qu’une fille qui lit comprend la syntaxe. La littérature lui a appris que les moments de tendresse arrivent dans des intervalles sporadiques, mais prévisibles. Une fille qui lit réalise que la vie n’est pas plate. Elle sait, et demande justement, que le déclin ramène son lot de regrets. La fille qui connait sa syntaxe arrive à sentir les pauses irrégulières- le souffle hésitant-caractéristique du mensonge. Une fille qui lit perçoit la différence entre un moment de colère qui passera et le cynisme immuable qui lui ne pourra passer. Qui persistera au-delà de toute raison, ou but, persistera bien après qu’elle eut fait ses valises, dit au revoir, décidé que tu n’étais qu’une ellipse et non un point ; qui persistera puis persistera encore. La syntaxe qui reconnait le rythme et la cadence d’une vie bien vécue.
Sors avec une fille qui ne lit pas, car celle qui lit reconnait les flux d’une narration. Elle peut tracer les démarcations d’un prologue et le sommet d’une chute. Elle les a dans le sang. La fille qui lit sera patiente devant l’interlude ou le dénouement hâté. Mais plus que tout, la fille qui lit reconnait la signification inéluctable d’une fin. Elle est confortable avec la séparation. Les élans de peine qu’entraine celle-ci, lui sont coutumiers. Elle a dût un bon millier de fois dans sa vie, faire ses adieux aux héros de ses romans.
Ne sors jamais avec une fille qui lit, car les filles qui lisent sont des raconteuses d’histoires. Toi, tenant ton Joyce, toi avec ton Nabokov, toi avec ton Woolf. Toi dans un coin de la librairie, dans la plateforme du métro, sur une terrasse de café, toi à la fenêtre de ta chambre. Toi, qui rends ma vie si vachement difficile.
La fille qui lit a garni le compteur de sa vie, et cette dernière regorge de sens. Elle insiste à ce que sa narration soit riche, son canevas coloré, et sa police impudique. Toi, la fille qui lit, me fais ressentir l’envie de devenir tout ce que je ne suis pas. Mais je suis faible et je te décevrais, car tu as rêvé décemment de quelqu’un qui est bien meilleur que moi. Tu n’accepteras jamais la vie dont j’ai parlé au tout début. Tu n’accepteras jamais rien de moins que de la passion, de la perfection, et une vie digne d’être écrite. Alors toutes celles qui aiment tellement lire, écartez vous de mon chemin. C’en est assez de vous. Prenez le prochain train et allez le plus loin possible avec votre Hemingway sous le bras.
Je vous hais. Je vous hais du plus profond de mon être.

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Charles Warnke.
Traduction : Iness Jlibene
#TeamSkies

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